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Développement des films Noir et Blanc avec un révélateur compensateur à deux bains

Pour les néophytes;, les principes généraux du développement des films sont exposés ici : Cours de photo, pratique du laboratoire.

Pourquoi utiliser un révélateur deux bains ?

Les premières fois où j'ai entendu parler de révélateur deux bains, mon premier réflexe a été de penser "Pourquoi se compliquer la vie quand on peut faire avec un seul bain ?". Il a fallu que je fasse mes premiers essais pour me convaincre de mon erreur ! non seulement le développement en deux bains de révélateur est plus simple que le développement traditionnel, mais de surcroit il donne des résultats bien supérieurs.

C'est plus simple parce que avec cette méthode, on s'affranchit presque complètement des contraintes liées au type de film, à la température des bains et à l'épuisement des agents actifs de la chimie.
Tout cela peut paraître trop beau pour être vrai ! Nous allons voir pourquoi et comment.

Comment agit le révélateur classique

Quand un film est immergé dans le révélateur (normalement après avoir été pré-mouillé), le liquide imbibe la gélatine et une réaction chimique se produit entre les sels d'argent sensibilisés par la lumière et l'agent réducteur, qui provoque la création de cristaux d'argent métallique. Dans le même temps, la chimie qui est imbibée dans la gélatine s'épuise assez rapidement, surtout dans les zônes les plus exposées. L'agitation régulière du film dans la cuve permet d'apporter en permanence de la chimie "neuve" et active sur toute la surface du film.

Si l'exposition du film est parfaite, si le bain de révélateur est neuf, si la température est correcte, si le photographe respecte scrupuleusement la durée de développement, en bref si toutes les conditions optimum sont réunies, alors le film développé présentera une gamme de valeurs allant du noir absolu dans les hautes lumières à la transparence dans les ombres les plus denses, en passant par une gamme complète de gris parfaitement échelonnés. Le tirage de ce négatif ne présentera pas beaucoup de difficultés, on pourra se contenter de choisir un grade de papier moyen, un temps de pose bien calculé, et on obtiendra un positif équilibré et lisible sans avoir recours à aucun artifice. Nous savons tous que ce n'est pas toujours le cas, et que la plupart de nos négatifs vont demander, d'abord de choisir un grade du papier (ou un filtrage) plus ou moins dur, et la plupart du temps que nous devrons ajouter ou retenir la lumière sur certaines zônes - quand ce n'est pas bidouiller avec les jeux de filtres multigrades et des masques.

Comment agit le révélateur 2 bains

Le principe du révélateur compensateur, c'est de commencer le développement normalement avec le premier bain, de l'arrêter juste avant que les hautes lumières soient entièrement montées, et de poursuivre le processus avec un accélérateur qui va activer l'agent réducteur de la chimie qui est restée imbibée dans l'émulsion. Cet agent actif va s'épuiser très rapidement dans les zônes de hautes lumières, et continuer à agir progressivement dans les demi-teintes et les ombres, permettant ainsi de révéler des détails sur l'ensemble de l'image.

En résumé, ce type de traitement permet de limiter l'effet du révélateur dans les parties les plus sombres du négatif et d'y garder des détails, tout en continuant son action dans les parties claires et de déboucher les ombres.

Et dans la pratique ...

Les procédés de révélateur compensateur en deux bains ne sont pas récents, il existe une formule de Heinrich Stockler qui date des années 30, et Ansel Adams a utilisé une formule basée sur le révélateur Kodak D23.
Je vais retranscrire ici 3 "recettes" extraites des travaux du regretté Barry Thornton et publiées ici : Using two bath developers. Je vous invite également à visiter le site Barry Thornton's Fine Print, Photographer's Workshop.

Tout d'abord la formule de Stockler :

Bain A
Metol (ou Génol) 5 grammes
Sulfite de soude 100 grammes
Eau, qsp 1000 cc
Bain B
Borax 10 grammes
 
Eau, qsp 1000 cc

Développer 4 minutes environ dans chaque bain, température de base 21°C.

La formule d'Ansel Adams (D23) :

Bain A
Metol (ou Génol) 7,5 grammes
Sulfite de soude 100 grammes
Eau, qsp 1000 cc
Bain B
Metaborate de soude 10 grammes
 
Eau, qsp 1000 cc

Développer 3 minutes dans chaque bain pour les films en rouleau, 4mn pour les plan-films, température de base 21°C.

Enfin la formule de Barry Thornton (haute definition) :

Bain A
Metol (ou Génol) 6,25 grammes
Sulfite de soude 85 grammes
Eau, qsp 1000 cc
Bain B
Metaborate de soude 12 grammes
 
Eau, qsp 1000 cc

Développer 4 minutes dans chaque bain pour les films en rouleau, 5mn pour les plan-films, température de base 21°C.

Le commentaire de Barry Thornton

(traduction du site Barry Thornton's Fine Print)

La formule Stockler marche d'une manière très douce et donne un grain très fin. Cela risque d'être trop doux pour les pelliculles à émulsion fine qu'on fait aujourd'hui et qui "n'absorbent" pas beaucoup, ni du bain A ni du bain B, ce qui peut abaisser l'activité de développement. Faites attention aussi à la perte d'efficacité de l'alcalinité très modérée dans le bain B. Vous aurez eventuellement besoin de le rafraîchir avec un complément de borax. Pour cela vous n'avez pas besoin d'une préparation spéciale photographique de qualité. Le type anhydre largement disponible dans les pharmacies fera l'affaire. La formule Ansel est bien "robuste", méfiez-vous du contraste trop élévé sur la pellicule en bobine, il faudra réduire le temps en cas de besoin. Ma propre formule est à peu près au milieu pour ce qui concerne le contraste, elle a plus d'acutance et ne provoque pas d'épuisement du deuxième bain, ce que le mélange Stockler est susceptible de donner. Avec ma formule on peut faire au moins 15 pellicules en bobine, et encore plus si on rafraîchit le deuxième bain en rajoutant du metaborate de sodium.

The Teaspoonful Two Bath (le "deux bains cuillère à thé")

A ma connaissance, personne n'a mentionné une autre technique que j'ai dévéloppée et qui marche vraiment bien en donnant des caractéristiques de tons différenciés et de contrôle du contraste automatique très similaires, en évitant la nécessité de mélanger quoi que ce soit hormis le bain B dont le dosage est approximatif - deux cuillères à café bien pleines de métaborate de soude dans 1 litre de l'eau. Cela se dissout presque instantanément et est assez bon marché pour ne l'utiliser qu'une fois et le jeter, bien que cela puisse traiter 15 pellicules en bobine si on le ré-utilise. Utilisez tout simplement votre révélateur normal standard (T-Max, ID11, llfotech, HC110, Econotol, Perceptol etc...) pendant la moitié ou les 2/3 du temps indiqué par le fabriquant en tant que bain A, videz-le et utilisez le bain B mesuré en cuillères à café pendant 3 minutes à la même température que le bain A. Vous aurez éventuellement besoin de règler précisement le temps du bain A avec l'expérience. Pour les deux bains il faut arrêter et ensuite fixer comme d'habitude après le bain B mais non pas entre les deux bains.

Ma pratique personnelle

Quelle que soit la formule choisie, le processus est le même. J'utilise pour les films en rouleau une cuve à spires (type Paterson). Je commence par un prémouillage, puis j'introduis dans la cuve le bain A, et j'agite par retournement de la cuve pendant les 30 premières secondes, et ensuite en retournant la cuve 4 ou 5 fois toutes les 30 secondes. Quand le temps est écoulé je récupère le bain A dans une bouteille et je remplis la cuve avec le bain B.
En principe il n'est pas nécessaire d'agiter pendant que le bain B est dans la cuve, mais il m'est arrivé que des trainées foncées apparaissent à l'aplomb des perforations des films 35mm dues à une inégale répartition du révélateur restant sur le film. Pour l'éviter je pratique la m?me agitation dans le bain B pour les films en rouleau (135, 120, etc...) tandis que je n'agite les plan-films que dans le bain A.
A l'issue du temps dans le bain B, je récupère celui-ci dans une bouteille, je remplis la cuve de bain d'arrêt en agitant 30 secondes, puis je procède au fixage et au lavage.

Pour les plan-films, j'utilise pour les deux bains de révélateur des cuves Kodak rectangulaires de 5 litres, en bakélite, avec les plan-films placés dans des cadres métalliques. Comme je n'ai que deux cuves, j'utilise des cuvettes classiques pour papier pour le bain d'arrêt et le fixage. Mes cuves Kodak sont munies de couvercles flotteurs, et entre deux séances le révélateur y est conservé parfaitement à l'abri de l'oxydation. Je peux ainsi garder mes 2x 5 litres de bains pendant plusieurs mois.

A ce propos, c'est aussi l'un des intérêts de cette méthode : à l'abri de l'air, ces chimies se conservent très bien et ne s'épuisent pratiquement pas. Je n'ai pas osé faire de tests jusqu'à l'épuisement de mes bains, mais j'ai déjà développé plus de 12 films 135 (36 poses) ou 120 sans noter de perte d'efficacité et sans être obligé d'augmenter la durée du traitement. De même la température des bains n'a pas beaucoup d'influence, en tout cas moins qu'avec les procédés classiques. Il m'est arrivé de traiter des films à 16 ou 17°C en augmentant simplement le temps de traitement de 1 minute.
Enfin, tous les types de films peuvent être traités de la même manière. J'ai développé ensemble dans la même cuve, sans problème, deux films 120 récents Kodak TriX pro (320iso) et un TMax 100 ancien, trouvé dans un appareil de collection et sans doute exposé depuis plusieurs années.

Remarques générales sur les films négatifs

Une légère surexposition permettra d'exploiter au mieux un film négatif. On dit souvent "Il vaut mieux exposer dix fois plus que deux fois moins !".
Une autre règle qui va dans le même sens : un film négatif doit être exposé pour les basses lumières. (C'est le contraire avec les films inversibles).
Il est évident que le révélateur deux bains permettra de jouer à fond sur une surexposition des zônes sombres du négatif, dont le développement est stoppé avant terme et où les détails vont être réservés, alors que les basses lumières seront développées à fond. C'est pour cela que l'on parle souvent de "révélateur compensateur".

Un détail important : comme pour le développement classique à un seul bain, la qualité de l'eau a une grande importance. Donc pour la préparation des deux bains A et B, je n'utilise que de l'eau déminéralisée ou une eau de source parfaitement neutre et exempte de tous sels minéraux, comme l'eau de Volvic (voir cours de photographie §7.2.3.1 Qualité de l'eau).

Note sur la préparation des bains : Pour obtenir une parfaite dissolution des différents composants solides des bains révélateurs, il convient de respecter la procédure suivante : prendre environ 3/4 de la quantité d'eau nécessaire et la porter à une température de 45 à 50°C, y verser lentement le premier composant en poudre ou cristaux, agiter jusqu'à complète dissolution. Ajouter de même chacun des composants suivants. L'agitation doit être poursuivie jusqu'à ce que la solution soit limpide. Terminer en complétant le volume par de l'eau froide. Laisser refroidir jusqu'à la température du laboratoire. Conserver les solutions dans des flacons bien remplis et hermétiquement bouchés, ne pas oublier que les révélateurs sont des oxydo-réducteurs et se détériorent au contact de l'air.

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